
L’influence territoriale : quand les régions chaussent de nouvelles lunettes collectives
La Voix des Territoires est nécessaire !
Face à une déconnexion croissante entre les centres de décision et les réalités de terrain, une initiative inédite d’influence territoriale émerge en Pays de la Loire, ainsi que dans deux autres régions. Initiée par le directeur des relations parlementaires et des territoires d’Engie et portée par des collectifs hybrides, elle donne naissance à des laboratoires de la « souveraineté productive », qui veulent prouver que la culture coopérative locale peut transformer des intérêts divergents en un plaidoyer national puissant.
C’est un paradoxe français : alors que les défis de la transition énergétique, de l’emploi et de la souveraineté se cristallisent dans nos régions, le narratif politique reste souvent national, monolithique, et déconnecté. Pour briser ce plafond de verre, un projet de matérialisation d’une Voix des Territoires pouvant peser dans le débat public est en cours de lancement.
Son ambition ? Faire des territoires et de leurs acteurs non plus de simples exécutants, mais les « héros de l’histoire », capables d’infuser le débat national par la preuve concrète de solutions inédites. Il s’agit de faire émerger ensemble cette Voix des Territoires, fruit de l’alliance entre acteurs industriels, académiques, institutionnels et politiques en prise avec le terrain.
L’hybridation comme moteur de crédibilité
Le cœur du réacteur repose sur une méthode de « design de collectif », consistant à réunir et à aligner des acteurs territoriaux qui, souvent, ne se parlent que pour défendre leurs intérêts respectifs : grands industriels de tous secteurs, universitaires et représentants institutionnels.
L’enjeu n’est pas seulement d’organiser une concertation, mais de créer une véritable culture coopérative.
Il s’agit d’abord de rendre ces groupes robustes selon trois critères clés :
Légitimité – La solidité du fond défendu par le collectif : caractère inédit, légitimité des membres, positionnement du territoire.
Engagement – L’engagement des membres du collectif et des organisations représentées à porter collectivement le discours.
Propagation – La force d’impact et de propagation du collectif (densité des réseaux).
Il s’agit ensuite de faire accoucher ces groupes d’une ambition partagée pour le territoire, respectueuse à la fois de ses contraintes, mais aussi de ses actifs particuliers, en leur faisant chausser de « nouvelles lunettes collectives ». En comprenant les contraintes et les visions des autres, en définissant un manifeste commun au service de leur territoire, ces acteurs cessent d’être des silos et deviennent une force de frappe cohérente. Comme le souligne un participant nantais : « Ce qui momentanément t’affaiblit individuellement, le collectif le transforme pour te renforcer. »
Il s’agit enfin de créer progressivement un pacte avec les décideurs publics locaux, permettant la mise en place d’une feuille de route à l’échelle territoriale, susceptible de créer des effets d’échelle, et éventuellement d’être répliquée dans d’autres territoires.
Le cas ACTTIFS : de l’industrie à la souveraineté territoriale
Le collectif nantais, baptisé ACTTIFS (Agir Collectivement en faveur des Transitions dans les Territoires grâce à une Industrie Française forte et Souveraine), est le premier navire amiral de cette stratégie.
Nourri par l’étude d’impact territorial menée avec l’Institut Terram sous la plume d’Anaïs Voy-Gillis et révélée à Nantes ce 11 juin, ce collectif souhaite lutter contre la petite musique récente climato-relativiste en imposant la réflexion et l’action autour d’un triptyque indissociable : souveraineté industrielle, emploi et transition écologique. L’étude Terram qui appuie cette théorie propose de sortir d’une grille de lecture erronée des enjeux industriels pour faire émerger des projets territoriaux stratégiques.
L’objectif est clair : démontrer que la décarbonation bien comprise peut devenir un levier de résilience et un avantage concurrentiel pour les Pays de la Loire. « On ne construit pas seulement un champ éolien, on construit des usines, des emplois et de la souveraineté », martèle le collectif. Il s’agit ainsi de montrer qu’il existe une voie de passage pour construire une feuille de route commune territoriale au service du projet industriel voulu par le territoire.
Au-delà du mythe de la souveraineté : l’ère de la résilience stratégique
L’événement charnière du 11 juin à Nantes marque une étape cruciale : le passage du concept de « souveraineté » – souvent perçu comme un horizon lointain et parfois illusoire à l’échelle locale – à celui de résilience territoriale stratégique. Cette approche confronte l’expertise académique de l’Institut Terram aux preuves concrètes du collectif : méthanisation, propulsion vélique ou sous-stations électriques pour l’éolien offshore par exemple. L’idée-force ? Si la souveraineté absolue est une chimère dans une économie mondialisée, la capacité d’un territoire à absorber les chocs systémiques (énergétiques, climatiques, géopolitiques) est un levier d’action immédiat. En devenant « stratèges de leurs propres contraintes », les territoires transforment leur vulnérabilité apparente en un avantage concurrentiel inédit, prouvant que « la résilience se joue aujourd’hui à l’échelle locale ».
Dans ce cas de figure, comme dans les autres territoires qui viennent de lancer leur action, la méthode est la même : utiliser la caution scientifique et l’ancrage territorial pour crédibiliser des messages qui, portés par une seule entreprise, seraient inaudibles.
Réparer la déconnexion : faire entendre la “Voix des Territoires”
Ces travaux ne sont pas destinés à rester dans des tiroirs régionaux. Ils constituent les chapitres d’une véritable « bible » de la transition. En compilant ces « pépites » territoriales – des cas d’usages concrets comme la méthanisation ou la propulsion vélique -, les collectifs fournissent à tous les décideurs en général, et aux candidats à l’élection présidentielle de 2027 une nouvelle grille de lecture: la Voix des Territoires.
C’est le concept du « sachet de thé géant » : une analyse au niveau territorial des sujets d’intérêt pour l’ensemble de la population française (pouvoir d’achat, souveraineté, santé) capable d’infuser le débat national et de proposer des modalités d’alliance autour de solutions novatrices, issues du terrain, généralisables au niveau national.
Ce qu’il faut retenir
- « Le collectif est le héros de l’histoire » : Engie s’efface derrière la voix du territoire pour gagner en impact.
- « Passer du gazeux au solide » : transformer des intentions floues en preuves industrielles et académiques inattaquables.
- « Souveraineté productive » : ne plus subir les crises géopolitiques, mais organiser une résilience locale, qui intègre la prise en compte des transitions.
- « Ici, maintenant, ensemble » : la transition ne se gagne pas à Bercy, mais dans les bassins d’emploi.
En initiant ces dynamiques, nous tentons de réinventer le métier de « diplomate énergétique ». Nous faisons de l’intelligence collective et de la coopération les meilleurs remparts contre le repli sur soi, mais aussi les moteurs d’une réindustrialisation verte et populaire.


