Les moines du reclassement*


Un article rédigé par :
Philippe HANCART- Associé – Directeur Transformations et Transitions Professionnelles – Sémaphores – in
Dans le tumulte des réorganisations d’entreprises, au cœur des Plans de Sauvegarde de l’Emploi (PSE), des Ruptures Conventionnelles Collectives (RCC) ou des Plans de Départs Volontaires (PDV), il est une figure discrète mais essentielle : celle du consultant en transition professionnelle. Ni héros de l’instant, ni vedette des projecteurs, ce/cette professionnel.le agit avec une rigueur monastique et une humanité rare. Il est le compagnon de route de ceux qui doivent tout réinventer.
Ils ne sauvent pas d’emplois, certes, mais révèlent des trajectoires.
Leur mission est celle d’ouvrir le champ des possibles professionnels. Ils écoutent, orientent, rassurent, provoquent parfois. Ils savent que derrière chaque CV se cache une histoire, une peur et parfois une ambition. Ils ne promettent pas l’impossible, mais ils rendent le possible atteignable. Chaque jour, ils accompagnent des femmes et des hommes à franchir un cap souvent redouté : celui de la rupture professionnelle. Mais sous leur regard bienveillant, cette rupture devient passage. Ils transforment l’incertitude en opportunité, le doute en projet. Ils ne se contentent pas d’aider à retrouver une solution professionnelle : ils aident à retrouver un sens, une direction, une confiance. Leur impact ne se mesure pas seulement en taux de reclassement, mais en sourires retrouvés, en voix qui reprennent de l’assurance, en regards qui osent à nouveau se projeter. Ils sont les architectes invisibles de nouvelles trajectoires, les artisans de la résilience professionnelle dans un monde où les changements sont toujours plus rapides et les ruptures professionnelles plus fréquentes.
Leur force ? Une posture.
Leur rôle varie selon les dispositifs : informer, orienter, reclasser, reconvertir ou encore sécuriser un départ volontaire. Leur posture est toujours empreinte d’écoute, de projection, de structuration. Ils sont à la fois guides, miroirs et catalyseurs. Ils avancent sans bruit, sans quête de reconnaissance, avec humilité, portés par une conviction : celle que chaque personne mérite un avenir digne, même dans la tourmente. Ils ne cherchent ni la lumière ni les lauriers. Leur récompense est ailleurs : dans le message d’un collaborateur, qu’il soit ouvrier ou cadre et qui dit « merci », dans la réussite silencieuse d’un projet de reconversion, dans l’aboutissement d’un projet de création d’entreprise et dans la certitude d’avoir été utile. Leur humilité est leur grandeur, leur discrétion est leur signature.
Du point de vue des sciences sociales, ils et elles participent à accroître la capacité d’un individu à prendre son destin en mains et à activer différentes options. On parle de « capabilité », un anglicisme pour un concept développé par le prix Nobel d’économie, Amartya Sen, à qui on doit également le concept d’indice de développement humain (IDH). L’approche des capabilités envisage, je cite, « le bien-être par la liberté d’accomplissement, c’est-à-dire la capacité de réaliser ou de se réaliser dont disposent les individus. Assez proches de l’habilitation et de l’empowerment, les capabilités désignent l’éventail des options et des accomplissements accessibles à l’individu, en fonction de ses préférences individuelles plutôt que de sa capacité à atteindre des objectifs pré-déterminés. Elles se différencient des capacités par leur caractère réalisable et activable dans un environnement donné et sont réelles et non théoriques ou potentielles ». Pour ceux qui s’intéresseraient au sujet des capabilités appliquées aux transitions professionnelles, vous pouvez approfondir le sujet par la lecture de l’article de Jérôme Didry, Claude Fabre et Nicolas Fleury, paru dans la revue Actuel RH en 2024 : =>lire l’article.
À vous, consultant.e.s du reclassement, directeurs et directrices de mission, assistant.e.s de projet, nous dédions ces lignes.
Vous êtes ceux qui, dans le silence des bureaux et la pudeur des entretiens, redonnent foi en l’avenir. Merci pour votre engagement, votre humanité et votre constance dans chacune des missions. L’atteinte d’un objectif de 100% de reclassement n’est jamais certain et souvent l’attention se fixe sur les échecs sans mesurer le nombre des réussites et de l’ampleur du travail pour y parvenir. Ce que vous faites ne se voit pas toujours, mais se ressent souvent longtemps.
*Cet article est librement inspiré d’un article rédigé par Anne Fairise, publié le 1er novembre 2005 dans la revue Liaisons Sociales Magazine : « Les moines-soldats du reclassement ».
