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Un article rédigé par :
Patrick TALER – Directeur associé – En charge de la Practice « Réindustrialisation » – Sémaphores – in


Industrie française : l’atout énergétique au service d’une nouvelle attractivité
En 2026, l’industrie française est marquée par un ralentissement, mais aussi par sa capacité à se réinventer autour des atouts énergétiques du territoire, ravivant l’image de la « Fée Électricité ».
Une industrie française en transition
L’industrie française traverse une période de transition, marquée par un ralentissement de sa dynamique de réindustrialisation et une concurrence internationale accrue. Toutefois, la France mise sur l’industrie verte pour relancer sa compétitivité.
En 2026, 150 grands projets industriels sont en cours, principalement dans les secteurs des batteries, de l’hydrogène vert et du recyclage. L’objectif est de réduire la part des énergies fossiles dans l’industrie de 60 % à 40 % d’ici 2030, puis à 30 % en 2035, grâce à l’électrification des procédés, au développement de l’hydrogène vert et aux appels d’offres dédiés.
Des territoires industriels aux spécialisations fortes
Dans ce contexte, Auvergne-Rhône-Alpes demeure la première région industrielle, avec 510 000 salariés, 17 des 100 plus grandes usines du pays et un tissu dense de 61 000 PME. Elle est suivie par les Hauts-de-France et le Grand Est, qui se distinguent par leur spécialisation dans l’automobile, la sidérurgie et les énergies renouvelables.
L’Occitanie mise quant à elle sur l’aéronautique, notamment autour d’Airbus à Toulouse, qui emploie 28 000 salariés. Les zones portuaires comme Le Havre, Marseille-Fos et Dunkerque abritent également des usines de grande taille, souvent supérieures à 100 hectares.
Le 9e sommet Choose France, tenu le 1er juin 2026 au château de Versailles, semble marquer un tournant, avec l’annonce de 93 milliards d’euros d’investissements étrangers. Ces annonces portent le cumul des investissements annoncés depuis 2018 à environ 180 milliards d’euros, après 87 milliards précédemment annoncés.
L’électricité décarbonée, un avantage compétitif majeur
L’ensemble de ces projets s’appuie pour partie sur notre puissance électrique décarbonée, un avantage concurrentiel unique en Europe. Cette situation se traduit par une électricité abondante, décarbonée et compétitive, qui permet à la France d’attirer des projets industriels énergivores, notamment dans les datacenters, les électrolyseurs ou la sidérurgie.
En effet, 95 % de l’électricité française est décarbonée, grâce à son parc nucléaire historique — 56 réacteurs en service — et, dans une moindre mesure, à ses énergies renouvelables : hydroélectricité, éolien et solaire.
La France est également le premier exportateur net d’électricité en Europe, avec plus de 90 TWh exportés. Cet avantage contribue à répondre à une demande industrielle croissante, dans un contexte d’instabilité géopolitique accrue. Avec un coût moyen de l’électricité estimé à 60 €/MWh pour les industriels en 2026, contre 90 € en Allemagne et 105 € en Italie, la France offre l’une des électricités les plus compétitives d’Europe. C’est un atout clé pour attirer les usines énergivores.
Notre position de leader électrique est également soutenue par un ambitieux plan d’investissement autour de la relance du nucléaire, qui prévoit la construction de six nouveaux EPR2 à Penly, Gravelines et Bugey, ainsi que huit réacteurs supplémentaires, pour un investissement total de plus de 50 milliards d’euros.
Nos capacités énergétiques, renforcées par les ressources éoliennes et photovoltaïques, s’appuient aussi sur la flexibilité du réseau de transport géré par RTE, grâce aux interconnexions européennes et au développement des capacités de stockage. L’objectif est d’absorber les pics de demande industrielle et de sécuriser l’approvisionnement énergétique.
Un levier d’attractivité pour les projets électro-intensifs
La France dispose ainsi d’un avantage énergétique majeur pour accueillir des projets industriels électro-intensifs, tels que les datacenters, qui consomment en moyenne de 50 à 100 MW.
Pour soutenir cette attractivité vis-à-vis des grands projets d’implantation, la France devra toutefois relever plusieurs défis : la concurrence liée aux surcapacités chinoises, les effets des subventions américaines issues de l’Inflation Reduction Act, les besoins croissants en main-d’œuvre qualifiée dans l’IA, le quantique et les technologies vertes, ainsi que les tensions d’approvisionnement sur des ressources devenues stratégiques, comme les terres rares et les semi-conducteurs.
Un optimisme raisonné face aux défis à venir
C’est dans ce contexte que le signal envoyé lors du dernier sommet Choose France — 93 milliards d’euros d’investissements annoncés — invite à un optimisme raisonné : Il rappelle aussi la nécessité de maintenir le cap sur l’amélioration de notre compétitivité et la poursuite de la transition écologique engagée, et éveille notre vigilance quant à la valeur de nos capacités énergétiques, son utilisation ainsi que ses futures destinations qui découlent des arbitrages en cours… La France, voire l’Europe saura-t-elle préserver ses intérêts et ne pas aliéner ses ressources au risque de le regretter un jour ?

