Fiscalité et digitalisation :
vers une intensification
des contrôles fiscaux


Un article rédigé par :
Sandrine MARIANADIN – Manager – Département Expertise Conseil – Sémaphores – in
Le contexte fiscal français est en pleine mutation : d’une part, les contrôles fiscaux se multiplient, d’autre part, la facturation électronique devient obligatoire pour toutes les entreprises. Ces deux phénomènes ne sont pas dissociés ; ils reflètent la volonté de l’administration de mieux connaître, sécuriser et suivre en temps réel l’activité économique et fiscale des entreprises.
Après le Fichier des Écritures Comptables (FEC), la piste d’audit fiable et les dispositifs européens de transmission automatisée des données (CESOP, directives DAC), la facturation électronique sera progressivement généralisée à partir de septembre 2026.
L’administration fiscale disposera ainsi d’un accès quasi instantané aux données de facturation, renforçant la transparence, la traçabilité des opérations et l’automatisation des contrôles.
Des contrôles fiscaux de plus en plus ciblés
> Statistiques et moyens
Les dernières données montrent que le nombre de contrôles fiscaux a fortement augmenté ces dernières années. En 2023, la DGFiP a réalisé près de 1 million de contrôles, soit une progression notable par rapport aux années précédentes, et les autorités anticipent une poursuite de cette dynamique en 2026 pour lutter contre la fraude et les irrégularités déclaratives.
Parallèlement, l’administration renforce ses outils d’analyse, en s’appuyant notamment sur des méthodes telles que l’intelligence artificielle pour détecter automatiquement les anomalies et cibler plus efficacement les dossiers à risque.
En effet, les contrôles ne reposent plus majoritairement sur des vérifications aléatoires. Ils s’appuient désormais sur :
- Des croisements automatisés de bases de données,
- Des algorithmes d’analyses prédictives,
- Des comparaisons sectorielles,
- Des contrôles de cohérence entre déclarations fiscales, sociales et comptables.
Autrement dit, les entreprises présentant des incohérences statistiques ou des anomalies structurelles sont identifiées en amont.
> Les principaux déclencheurs de contrôle
Un contrôle fiscal n’est pas souvent dû au hasard. Parmi les déclencheurs, les plus fréquents sont :
- Les marges atypiques par rapport au secteur,
- Les variations brusques du chiffre d’affaires,
- Les crédits de TVA récurrents ou élevés,
- Les incohérences entre liasses fiscales et déclarations de TVA,
- Les anomalies de facturation,
- Les prix de transfert dans les groupes multinationaux…
À retenir : ce ne sont pas forcément les erreurs importantes qui déclenchent un contrôle, mais souvent les incohérences statistiques.
La facturation électronique : une réforme majeure pour 2026-2027
> À partir du 1er septembre 2026 :
- Toutes les entreprises devront être capables de recevoir des factures électroniques via les plateformes agréées (PA).
- Les grandes entreprises et ETI devront émettre des factures électroniques (e-invoicing).
L’obligation d’émettre des factures électroniques s’étendra progressivement à l’ensemble des TPE, PME et micro-entrepreneurs d’ici le 1er septembre 2027, et également produire et transmettre à l’administration fiscale les données d’e-reporting.
Cette réforme ne se limite pas à remplacer le papier ou les PDF par des formats numériques : il s’agit d’un système structuré (e-invoicing et e-reporting) où certaines données fiscales clés seront automatiquement transmises à l’administration fiscale.
Les objectifs sont multiples :
- Renforcer la compétitivité des entreprises grâce aux gains de la dématérialisation,
- Simplifier, à terme, les obligations déclaratives en matière de TVA : le pré-remplissage des déclarations de TVA,
- Améliorer la lutte contre la fraude à la TVA au bénéfice des opérateurs de bonne foi,
- Améliorer la connaissance en temps réel de l’activité des entreprises et le pilotage des politiques publiques.
Autrement dit, la facturation électronique ne crée pas de contrôles supplémentaires en soi, mais elle réduit le risque d’anomalies et d’écarts non justifiés qui peuvent déclencher des interventions fiscales.
En pratique, l’administration fiscale disposera d’une vision instantanée :
- De la TVA collectée,
- Des flux de ventes,
- Des transactions inter-entreprises,
- Des incohérences entre déclarations.
Pour rappel, les entités qui réalisent des déclarations de TVA mensuelles devront également être en mesure de transmettre à chaque décade à l’administration fiscale les données d’e-reporting de transactions et de paiements par le biais de la plateforme agréée.
> Risques et opportunités
Les entreprises mal préparées s’exposent à :
- Des sanctions pour non-conformité,
- Des rejets de factures,
- Des retards de paiement,
- Des pénalités pour données incorrectes ou absentes.
À l’inverse, cette réforme peut devenir un levier stratégique :
- Automatisation des processus comptables,
- Réduction des erreurs,
- Accélération des paiements,
- Meilleure visibilité de trésorerie,
- Sécurisation fiscale.
Comment se préparer ?
Pour anticiper cette transition et sécuriser vos obligations :
- Cartographiez vos flux.
- Auditez vos processus de facturation afin d’identifier les points de risque et les pratiques non conformes.
- Choisissez et paramétrez une plateforme agréée (PA) de facturation électronique : toutes les plateformes ne proposent pas les mêmes fonctionnalités (gestion des bons de commande, validation des factures, mise en paiement…), ni la même prise en charge des cas d’usage.
- Intégrez vos flux de facturation à vos outils de gestion et de comptabilité afin d’automatiser et de fiabiliser la transmission des données (interopérabilité avec l’outil comptable).
- Formez vos équipes : la conformité fiscale devient désormais un enjeu opérationnel.
En conclusion, nous entrons dans une nouvelle ère : demain, la conformité fiscale passera d’un contrôle rétrospectif à une surveillance continue.
La montée en puissance des contrôles fiscaux et la généralisation de la facturation électronique traduisent une transformation structurelle de la relation entre l’administration et les entreprises.
Ne subissez pas la réforme de la facture électronique comme une contrainte fiscale, faites-en un levier de modernisation.
