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Un article rédigé par :
Alain Gouet
Responsable de mission – Emploi Compétences & Formation – Sémaphores – in

Développement des compétences : comment passer de l’action de formation à la stratégie de parcours ?
Dans un contexte de transitions économiques, écologiques, numériques et démographiques, la formation professionnelle reste un levier central d’accès à l’emploi, d’adaptation des compétences et de sécurisation des parcours.
Elle est pourtant confrontée à une tension croissante : les besoins de formation se multiplient, les publics concernés sont de plus en plus hétérogènes, les entreprises doivent anticiper des transformations rapides de leurs métiers, tandis que les financements sont contraints et souvent conditionnés aux certifications.
Dans ce contexte, une action peut être techniquement bien conçue, mais rester inopérante si elle n’est pas intégrée dans une stratégie globale des parcours et des compétences. Alors, comment passer à une logique de parcours capable d’articuler besoins économiques, trajectoires individuelles, transformation des métiers et priorités collectives ?
Des besoins en compétences à identifier plus finement
Les transitions écologiques, numériques et démographiques renforcent les besoins de formation, mais elles ne produisent pas toutes les mêmes effets. Pour une entreprise, la transition numérique peut relever d’une simple acculturation aux outils, d’une adaptation des pratiques métier, ou d’une transformation plus profonde de l’organisation du travail. De la même manière, la transition écologique peut impliquer une sensibilisation générale, mais aussi l’évolution de gestes professionnels, de normes qualité, de pratiques d’achat, de modes de production ou de relation client.
Le baromètre Transitions & Compétences 2025 de l’OPCO EP met en évidence ce besoin d’accompagnement des entreprises : pour mener leur transition numérique, elles citent en priorité le besoin d’être conseillées et accompagnées, ainsi que le besoin de financement ; certaines souhaitent aussi identifier les usages possibles de l’IA dans leur activité ou former leurs salariés aux compétences numériques de base. Le baromètre montre donc que l’enjeu n’est pas seulement de former, mais d’abord de qualifier la nature du besoin pour obtenir l’impact attendu par les bénéficiaires : comprendre, adapter, transformer ou reconvertir…
Des publics hétérogènes à accompagner dans la continuité du parcours
L’accès à la formation reste un levier essentiel, mais il ne garantit pas à lui seul la réussite d’un parcours. Pour certains publics, notamment les personnes les plus éloignées de l’emploi, la difficulté n’est pas seulement d’acquérir une compétence, mais il convient de lever des freins concrets comme la mobilité ou le logement, de reprendre confiance dans sa capacité à apprendre, ou encore de passer d’une formation à une situation réelle d’emploi.
L’organisme de formation est attendu comme un acteur de l’ingénierie de parcours, capable d’adapter ses modalités, de coordonner les étapes et de faciliter la mobilisation effective des compétences vers l’emploi. Les travaux du Céreq sur le Plan d’investissement dans les compétences, publiés en mars 2026, insistent précisément sur cette complexité. Ils rappellent que la catégorie des publics éloignés de l’emploi recouvre des situations très diverses et que les effets de la formation dépendent fortement des conditions concrètes de mise en œuvre des dispositifs. Le rapport souligne notamment l’importance du “sans couture”, c’est-à-dire que le stagiaire puisse bénéficier d’un diagnostic de sa situation, d’un accompagnement pendant la formation, d’une aide à la levée des freins périphériques et d’un lien concret avec les débouchés professionnels.
Des parcours à construire en articulant modalités, voies d’accès et financements
Une stratégie de parcours suppose de mieux articuler ce qui est encore trop souvent pensé séparément : les publics à accompagner, les entreprises à soutenir, les modalités pédagogiques à mobiliser et les dispositifs à financer.
Cette articulation devient centrale dans un contexte où les voies de financement sont de plus en plus différenciées. Le ticket modérateur dans l’usage autonome du CPF, ou le plafonnement de l’usage du CPF pour les certifications du Répertoire spécifique, oblige les organismes de formation à ne plus raisonner uniquement à partir d’un canal de financement unique. Cela encourage à combiner plusieurs leviers : CPF, abondement employeur, financement OPCO, projet de transition, période de reconversion, apprentissage ou financement direct par l’entreprise.
La période de reconversion, instituée par la loi du 24 octobre 2025, illustre cette évolution. Elle repose sur l’organisation d’une mobilité professionnelle interne ou externe associant le salarié, l’entreprise, l’OPCO et l’organisme de formation. Elle montre que l’enjeu est de construire un montage de parcours : un objectif professionnel, une modalité pédagogique, un financement et une perspective de mobilité ou de maintien dans l’emploi.
Des parcours à rendre lisibles, traçables et objectivables par la donnée
Cette logique de parcours répond aussi à une exigence croissante des pouvoirs publics : mieux documenter les effets réels de la formation, pour le bénéficiaire comme pour l’entreprise, et relier plus clairement les financements mobilisés aux résultats obtenus.
Dans un contexte de financements contraints et de contrôles renforcés, les organismes doivent être capables de documenter leurs coûts, leurs modalités de réalisation, leurs résultats et la cohérence entre l’action proposée et les effets attendus. La Convention d’objectifs et de performance 2026-2028 de France compétences insiste ainsi sur la fiabilité, l’exhaustivité et l’homogénéité des données transmises, notamment pour réguler les niveaux de prise en charge de l’apprentissage. Le modèle économique d’une formation dépend donc de plus en plus de sa capacité à être objectivé par la donnée.
Ce mouvement dépasse le seul champ des coûts. La procédure dite d’accrochage certificateur impose aux certificateurs de transmettre à la Caisse des Dépôts les données relatives aux titulaires des certifications, afin d’alimenter le passeport de compétences et de garantir l’authenticité des qualifications déclarées. Dans la même logique, le CPF renforce le suivi des actions, des organismes, des sous-traitants et des résultats, tandis que France VAE organise progressivement le suivi numérique des parcours de validation. Pour les acteurs de la formation, l’enjeu n’est donc plus seulement de proposer une action pertinente, mais de disposer d’une organisation capable de produire, fiabiliser et exploiter des données de parcours, de certification, de coûts, de réalisation et d’impact.
Passer de l’action de formation à la stratégie de parcours, c’est ainsi passer d’une logique déclarative à une logique probatoire : démontrer ce qui est fait, pour qui, avec quels moyens, selon quelles modalités et pour quels effets.
