Edito
par Alain Rousset, Président de l’ARF
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La régionalisation est au cœur des politiques de développement économique de toutes les grandes démocraties dont nous envions la croissance. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, la décentralisation est la « mère des réformes » car le territoire et la Région sont le lieu où les personnes se rencontrent et se parlent, tout simplement. De ces échanges naissent des convergences, des relations de confiance, des idées et des projets communs, des aventures collectives qui, en lien avec une volonté politique, en identifiant les besoins et les opportunités, unissent sur le territoire entrepreneurs, financeurs, décideurs et citoyens. Dans notre économie ouverte touchée par les crises qui se succèdent, accompagnées de mutations non maîtrisées au niveau national, dans un pays où tout se décide encore trop depuis Paris sans réelle stratégie, nos Régions ont assumé leurs responsabilités, allant même au-delà, et ont su prendre le destin de leurs territoires en main avec volontarisme et inventivité. Je remercie Sémaphores et le Groupe Alpha d’en faire la démonstration grâce au portail de l’Observatoire de l’action économique des Régions. Je n’ai d’ailleurs pas hésité un seul instant quand Pierre Ferracci et Alain Petitjean m’ont proposé cette coopération avec l’ARF, valorisant l’action régionale et contribuant à capitaliser et mutualiser les bonnes pratiques en matière de développement économique. |
Force est de constater qu’elles sont nombreuses, dans toutes nos Régions, et ce tout nouvel Observatoire, qui a vocation à être en permanence enrichi, en est la parfaite illustration.
Le champ d’action est vaste, depuis l’appui à l’innovation jusqu’à l’accompagnement à l’international, en passant par exemple par la structuration de filières territoriales, mais les Régions, avec les collectivités partenaires, ont su le couvrir dans sa totalité. Les entreprises sont naturellement le cœur de cible des politiques de développement économique régionales et des outils et programmes déployés, mais dans leur acception la plus large puisque l’économie sociale et solidaire est également un axe d’effort de plus en plus important.
J’observe une préoccupation constante et partagée par toutes les Régions, celle de préparer l’avenir en bâtissant, dans la concertation, de véritables stratégies adaptées aux spécificités de leurs territoires. En misant sur l’innovation également, avec le souci d’assurer le continuum entre la recherche scientifique et la création d’emplois, facilité par le décloisonnement entre les acteurs. En investissant massivement, aussi, dans l’aménagement et l’attractivité de leurs territoires ainsi que dans la qualité de vie, car il n’est pas de politique de développement économique efficace sans réseau de transport, sans l’accès au très haut débit, sans une formation professionnelle adaptée, sans infrastructure de recherche.
C’est ainsi que le budget consacré par les Régions à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l’innovation se situe au même niveau que celui de l’Agence nationale de la recherche ou que le financement des projets de pôles de compétitivité par les Régions se rapproche de celui du fonds unique interministériel de l’État.
C’est ainsi que les Régions ont aussi su mettre en place, pendant la précédente crise financière, des modes d’intervention efficaces pour aider les entreprises et éviter les licenciements, préférant soutenir la formation et la qualification des personnels dans les secteurs confrontés à une baisse d’activité pour préserver leur capacité à conserver leur emploi. Elles ont pour cela des atouts majeurs, capables d’unir les acteurs territoriaux pour assurer le lien essentiel entre la formation et les besoins en compétences des entreprises, dans une dynamique de développement et d’emploi partagée. C’est ainsi, également, que les Régions ont accompagné la modernisation et l’adaptation des entreprises pour améliorer leur productivité et préserver leur compétitivité, comme l’Aquitaine l’a fait pour renforcer la place de leader mondial du fabricant de moteurs d’hélicoptères implanté dans la Région.
C’est l’ensemble de ces initiatives, contribuant à la mise en oeuvre de véritables stratégies de développement qu’on ne peut concevoir depuis les administrations centrales, qui fait la force et la légitimité des Régions et justifie pleinement que la France s’engage enfin dans un grand mouvement de décentralisation, donnant un nouveau souffle au Pays. Cette légitimité que l’État peine à reconnaître est aussi la clé de la libération de la croissance économique.
Le projet d’Acte III de la décentralisation que porte l’ARF, aspirant à des Régions plus fortes pour une France plus efficace, est une réforme politique essentielle qui apportera proximité, clarté, simplification et efficacité. Les citoyens, les entrepreneurs, tous les acteurs de l’économie dans les territoires, ont besoin de lisibilité et de cette proximité avec les relais efficaces que sont les collectivités territoriales car, pour être efficace, il faut bien connaître.
L’endettement de la France est abyssal. L’argent public, trop enfermé et dépensé dans notre organisation centralisée, n’a jamais été aussi rare et précieux. Il est plus que temps de dégager des économies par une meilleure affectation des ressources au niveau où elles peuvent être mobilisées de la manière la plus pertinente. Les Régions, en matière de développement économique, doivent se voir reconnaître pleinement leur autorité. Elles y sont prêtes.
Ainsi, après avoir renforcé leurs stratégies de développement économique, après avoir déployé une gamme maintenant complète de moyens d’intervention depuis la loi de 2004, comme l’illustrent les quelques actions identifiées par cet Observatoire qui permet l’échange de bonnes pratiques, les Régions veulent passer à la vitesse supérieure et avoir les moyens de conduire sans tutelle de grands programmes stratégiques traduisant leur légitimité politique.
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