En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence     Oui, j'accepte  Non, je souhaite en savoir plus
Accueil | Actualités | Débat public

La ville durable de demain

Débat public

Lundi 22 août 2011
A la suite des accords de Grenelle, les métropoles françaises se sont impliquées fortement dans l’émergence de villes durables, misant sur la redéfinition des gares, devant désormais être conçues « comme un lieu d’échange et de complémentarité entre les transports, un lieu de vie et de services, et le centre d’un quartier urbain dense et durable ». Projet d’envergure, la réalisation de grandes gares multimodales nécessite, outre de lourds investissements, la mise en mouvement de tous les acteurs du territoire concerné. Sémaphores a été sollicité par Nîmes Métropole pour imaginer ce que sera son futur territoire en tant que support d’implantation de la gare TGV. Revue de détail avec Jean-Marie Martino.

La mission que vous avez menée sur le territoire de Nîmes Métropole a duré une année entière. Elle a mobilisé des compétences multiples au sein du Cabinet Sémaphores, tant en termes de développement économique qu’en ce qui concerne les problématiques environnementales ou urbaines. Comment avez-vous procédé ?

Jean-Marie Martino : La mission que Nîmes Métropole nous a confiée visait à préfigurer le projet de gare TGV dans le cadre du contournement de Nîmes/Montpellier, projet de liaison ferroviaire s'inscrivant dans un plus vaste projet visant à créer une ligne nouvelle Perpignan/Montpellier et ainsi à relier la frontière espagnole à l'actuelle LGV Méditerranée. Cette nouvelle rocade fera le lien entre la voie actuelle du TGV et la future LGV. L’enjeu pour Nîmes Métropole est loin d’être négligeable puisqu’il s’agit d’obtenir une nouvelle desserte TGV sur le territoire de l’agglomération (en plus de la Gare Centre) et ainsi de ne pas perdre en qualité de service. Pour ce faire, il faut convaincre RFF, le ministère et les autres collectivités locales en proposant un projet réaliste et ambitieux qui intègre la vision post-Grenelle des gares présentée dans le rapport Keller. Nous sommes en plein dans le prospectif, à l’horizon 2020, voire 2025. Au-delà de la seule configuration de la nouvelle gare, il convient en réalité de repenser le projet de territoire d’une métropole, sans continuum urbain, de redéfinir le développement d’un nouveau quartier/village de l’agglomération en tenant compte des spécificités du territoire, de considérer la gare comme un levier de ce développement et, finalement, de mettre à plat l’existant pour imaginer un futur intégrant l’histoire romaine et les paysages et plus en phase avec les exigences de demain, tant urbaines qu’environnementales, tant économiques que citoyennes.

En quoi est-ce que cela a consisté ?

Jean-Marie Martino : Au démarrage de la mission, il est apparu essentiel de rencontrer les parties prenantes, de mettre tous les acteurs autour de la table car le projet suscitait une forte controverse en ce qui concernait non seulement son opportunité, mais également sa localisation, à savoir le territoire de deux communes de l’agglomération : Manduel et Redessan. Pour les détracteurs du projet, il existe un risque majeur : un investissement cher, non rentable pour les transporteurs et pour le territoire (sans garantie en matière de nombre de dessertes). Les dernières gares construites dans les années 90, loin des centres urbains, si elles sont un succès pour le TGV, ont finalement manqué leur cible car, d’une part, leur construction ne s’est pas accompagnée d’investissements durables générant des activités économiques et, d’autre part, ces gares ont été insuffisamment reliées au réseau TER, favorisant d’autant moins l’irrigation du territoire et, surtout, respectant d’autant moins les exigences actuelles en termes d’impact carbone. Les gens se rendent à la gare en voiture, utilisent peu le réseau de transport collectif, d’ailleurs souvent insuffisant, et ils ne font que l’aller-retour car il n’existe, autour de la gare, aucune activité susceptible de les y attirer.

Qu’avez-vous préconisé ?

Jean-Marie Martino : Nous devions travailler sur le projet imaginé par Nîmes Métropole, à savoir le choix de Manduel et de Redessan. Nous nous sommes d’emblée situés à l’articulation du projet de territoire et du pôle d’échanges multimodal, ce qui impliquait, en termes de conseil et d’accompagnement, de bien maîtriser les enjeux stratégiques, environnementaux, de développement économique et de gouvernance, savoir-faire dont nous disposions chez Sémaphores, auxquels nous avons ajouté des compétences en matière d’urbanisme, grâce au partenariat que nous avons noué avec Interland, Cabinet d’urbanisme.
Nous avons donc structuré notre proposition en plusieurs phases :
  • La première, stratégique, a consisté en l’élaboration et la présentation d’un diagnostic du territoire : quels sont les enjeux du développement économique de l’agglomération et quels doivent être ses choix de développement ? Il était indéniable que le territoire pouvait subir un risque de déclassement en ne se rattachant pas aux wagons de la LGV. Certes, définir de grands équipements, tels qu’une nouvelle gare, était nécessaire mais cela ne suffisait si le territoire n’était pas en mesure d’y accoler de vrais projets de développement ;
  • La deuxième phase a consisté en la présentation des dynamiques de développement, entendues au sens large mais englobées dans un tout cohérent, à savoir une stratégie « Europe 2020 » appliquée au territoire. Parmi ces dynamiques, je retiendrais notamment :
   - la constitution d’un Campus urbain intégré, en lien avec les entreprises, les centres de recherche, les sites d’expérimentation,
   - la promotion d’un nouveau modèle agricole favorisant le développement des filières existantes (notamment viticulture) et de l’agriculture urbaine,
   - le développement d’immobiliers d’entreprises modernes et adaptés à leurs besoins,
   - le développement d’éco-quartiers connectés
   - ou encore la création de nouveaux espaces ludo-touristiques…
  • Dans le même temps, nous avons privilégié la mise en place de processus de concertation, gages d’une réelle mesure de l’acceptabilité du projet. Nous avons ainsi pu rencontrer l’ensemble des acteurs locaux. Nous avons organisé des séminaires, rassemblant quelque 100 acteurs à chaque édition. Le premier a porté sur le diagnostic, le deuxième sur la présentation des thématiques à l’œuvre dans le projet et le troisième sur les scénarios, présentant notamment les figures urbaines du développement.

Quel scénario a été retenu ?

Jean-Marie Martino : Nous intervenions dans le cadre d’une étude de préfiguration, ouvrant sur la définition d’un cahier des charges de maîtrises d’ouvrage. Ce n’est qu’à partir de là que le projet sera lancé. Nous étions donc bien en amont mais dans un contexte complètement nouveau depuis le Grenelle de l’environnement, la SNCF n’étant plus seule maître à bord. Désormais, dès lors que l’on parle de pôle d’échanges multimodal, c’est RRF qui est compétente. Cela a des répercussions directes sur les conditions de financement du projet. C’est RRF qui négociera avec les collectivités territoriales. C’est RRF qui sera particulièrement vigilant au regard de la rentabilité du projet. La gouvernance, dans ce cadre, prend tout son sens. En termes de scénarios, cela se décidera ces jours prochains mais il reste encore à retenir les entreprises qui mettront en œuvre le projet… à l’horizon 2020.
Quels enseignements tirer d’une telle mission ?
Jean-Marie Martino : Justement, notre capacité à prendre en compte la logique de toutes les parties en présence, notre souci constant de la concertation, notre capacité à apporter une réelle expertise, faisant appel aux multiples compétences que nous déployons au sein de Sémaphores, l’idée également d’accompagner très fortement les processus de décision concertée. Il me semble que cette mission était particulièrement innovante parce la problématique des pôles d’échanges pose la question de la définition des projets de territoire multi-acteurs, avec des financements croisés, dans une logique développement/aménagement des territoires. A mon sens, nous sommes au cœur même du développement durable.