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Vers un développement concerté de l'emploi & des compétences ?

Vers un développement concerté de l'emploi & des compétences ?

Débat public

Mardi 1 mars 2011

A quoi reconnaît-on aujourd’hui qu’un territoire est attractif ? Quelles sont les nouvelles conditions pour faire la différence dans un contexte mondial plus qu’incertain ?

Alain Petitjean : L’attractivité économique d’un territoire est désormais principalement liée à trois facteurs principaux :
◢ son offre immédiate de compétences, au strict sens professionnel et ce, au-delà des filières qui y sont historiquement implantées ;
◢ son offre de connexions : infrastructures le reliant à d’autres territoires ; mise en réseau de ses acteurs résidants ; externalités immatérielles dans les domaines de l’enseignement, de la recherche & développement, des centres de technologies, des instituts de transferts de compétences ; appartenance à des réseaux plus larges - nationaux ou inter nationaux, à l’image des pôles de compétitivité - ;
◢ la qualité de vie, véritable Image du territoire, catalyseur de premier plan, au service de son développement économique.
 
Car une entreprise ne cherche plus tant un marché local, une disponibilité foncière ou immobilière, une infrastructure de premier choix, même si ces critères peuvent encore entrer en ligne de compte. Elle cherche, avant tout, à pourvoir des besoins spécifiques et immédiats en compétences et à s’assurer d’un vivier permanent de formation ou d’alimentation en nouvelles compétences, susceptibles d’accompagner le mûrissement de son projet. Cela concerne tous les secteurs d’activité et il me semble que l’on peut raisonnablement affirmer que, par exemple, l’industrie aujourd’hui, c’est moins une offre de capacité de production qu’une offre de compétences.
 

Si le territoire est en capacité d’offrir ces potentiels, comment parvient-il à maintenir de l’activité et des emplois sur ses bassins ?

Alain Petitjean : Le développement d’un territoire, c‘est principalement, et pour l‘essentiel, l’affaire du développement endogène : celui des entreprises déjà implantées sur ce territoire ; celui d’entreprises susceptibles de se créer autour des ressources intrinsèques au territoire, qu’il s’agisse des hommes ou des femmes qui y vivent et sont candidats à y créer leur entreprise ou d’acteurs économiques désireux de mobiliser un atout spécifique à ce territoire.
Dans ce contexte, l’emploi est, durablement, un phénomène à gérer sur base territoriale, bassin par bassin : il ne s’agit pas là d’une survivance archaïque, mais d’un défi moderne à relever collectivement. Nous pourrions certes rêver d’une population active massivement mobile, s’adaptant aux moindres évolutions instantanées du marché de l’emploi. On sait toutefois que ce schéma ne correspond en rien à la réalité, qu’il ne rencontre aucune des aspirations des individus et des familles et que l’offre d’emplois n’est pas prête à compenser les coûts de cette « hypermobilité ». Nous pourrions tout autant rêver à des usines mobiles, venant régulièrement s’installer dans les territoires manquant d’emplois, notamment là où des compétences ont été rendues disponibles par les inévitables mouvements de restructuration des entreprises. Là aussi, force est de constater que cette attente est vaine : les entreprises les plus mobiles, et donc aptes à s’installer sur un territoire, en fonction des opportunités qu’il propose, ne sont pas seulement rares par nature. Elles sont aussi celles qui créent l’emploi le moins durable, le plus aisément à nouveau délocalisable. Et elles sont rarement pourvoyeuses d’emploi qualifié, support de futures étapes nouvelles de développement.
 

Alors, de quels moyens d’action le territoire dispose-t-il pour attirer, créer, développer les compétences nécessaires à son développement ?

Alain Petitjean : Pour travailler sur son potentiel, un territoire doit exprimer, de façon coordonnée, des stratégies pour l’emploi et le développement de son offre de compétences et des stratégies pour son développement économique. Celles-ci reposent d’abord sur la valorisation de son potentiel endogène autant que par son attractivité intrinsèque.
Le développement endogène d’un territoire peut être « dopé », dès lors que l’on sollicite plusieurs logiques complémentaires :
◢ l’appui-conseil aux PME, en amont de leurs projets, pour aider à leur formalisation, leur mise en cohérence, l’accélération de leur maturation et de leur mise en œuvre, et préparer leur financement ;
◢ l’accompagnement triennal des « jeunes pousses » (ou start-up) et des nouvelles implantations, afin de les porter à leur degré optimal de maturation ;
◢ l’offre infrastructurelle matérielle (immobilier notamment) et immatérielle (plates-formes de services mutualisés, centres de compétences) ;
◢ la structuration et la mise en réseau du tissu industriel : clusters, grappes d’entreprises ou filières, groupements d’employeurs, etc… ;
◢ la mise en place de dispositifs de financement spécifiques, temporaires ou pérennes ;
◢ la structuration et la facilitation d’un dialogue social territorial fécond et propice au développement des entreprises et des projets, telle la gestion des inévitables aléas ou transitions économiques.
 
Car, ne l’oublions pas, le développement d’un territoire est massivement endogène et, parallèlement, l’emploi est un phénomène strictement territorial. Miser sur le premier a des répercussions directes – durables – sur le second.
 

Les régions constituent l’acteur phare du développement économique sur un territoire. Quelles sont les logiques de partenariat à mettre en place pour proposer une offre de compétences pertinente, adaptée tant aux attentes des entreprises qu’aux besoins des hommes et des femmes vivant sur le territoire ?

Alain Petitjean : Rappelons tout d’abord qu’il est possible d’agir sur l’offre de compétences d’un territoire, dans une stratégie globale articulant une offre de formation initiale ; une offre riche de formation continue ; une attractivité résidentielle ; une offre de reconversion de compétences. Cependant, je pense que les Régions auraient tout intérêt, avec le relais des OPCA (Organisme paritaire collecteur agréé) à :
◢ coupler CPRDF (Contrat de plan régional de développement des formations) et SRDE (Schéma Régional de Développement Economique), afin d’exprimer dans leurs priorités de formation le développement des formations et compétences dont les entreprises existantes ont ou auront besoin ;
◢ soutenir les dispositifs de GTEC (Gestion territoriale de l’emploi et des compétences), actualisant sur une base interactive, par approche directe des entreprises, et recensement de leurs Besoins / Projets / Potentiels, le recensement de ces besoins d’emplois et de compétences ;
◢ généraliser les plates-formes de transition professionnelles : la reconversion des personnes, le transfert des compétences, ou même des simples aptitudes, habiletés, habitudes, d’un secteur à l‘autre, ou d’un type d’emploi à un autre, sont possibles et moins coûteux que le sous-emploi qu’accepte notre pays depuis plus d’un tiers de siècle … avec le coût social et économique que l’on sait ;
◢ généraliser aux territoires ou secteurs en difficulté les dispositifs d’appui-conseil aux PME, y compris dans le domaine social et dans l’anticipation des risques de restructuration.
 
Car, une démarche de ce type, pour être efficace, suppose une mise en mouvement conjointe et coordonnée de tous les acteurs concernés, dans une gouvernance partagée, sous la houlette, naturellement, d’un chef de file incontestable par ses intentions et par son comportement. Les leçons de la crise, et les premières recettes de « résilience » qu’elle a permis de collecter, vont d’ailleurs dans ce sens, me semble-t-il.